Si, Linux c'est pour les pros ! Linux aujourd’hui ? Difficile de ne pas en avoir entendu parler: il est juste partout ! À votre niveau sans doute voyez-vous un système d’exploitation pour ordinateurs tout à fait utilisable par le commun des mortels. C'est effectivement la partie émergée de l'iceberg et ce dont il est question dans ce billet. Tour de vice 🙂 L’origine En l’année 1983 du début du Moyen-Âge numérique, deux hackers voient leurs travaux converger. Ceux du barbu Richard Stalleman, le Projet GNU, achèvent la réécriture des dernières briques du langage UNIX, ceux du moins barbu (plus à l’intérieur sans doute) Linus Towald, Linux, l'écriture d’un noyau système, en réaction à la faible disponibilité, trouvait-il, des serveurs UNIX. Cette combinaison débouchera logiquement sur un système d’exploitation, une copie d'UNIX, libre de droits (console avec invite de commande) qui prendra le doux nom de GNU/Linux, appelé par nous depuis et par commodité juste "Linux"; mais attention: sans le projet GNU, Linux est juste un tout bête noyau capable de rien du tout; d’autant que GNU le dote également d’outils indispensables, comme un shell et un compilateur. La lutte contre cet abus de langage reste donc ardente dans certains coins de l'internet ! 😉 Cette fusion n'est pas exactement le fruit du hasard: elle était logique, nécessaire, travaillée. Qu'est-ce qui à amené à cette situation ? Petit retour en arrière. À cette époque, le fameux UNIX est un système d’exploitation – langage + noyau – pour l’Internet, propriété de la célèbre compagnie de téléphone américaine AT&T; mais il se promène dans les amphis, du MIT et de la Berkeley’s, qui le modifient, l’adaptent, l’améliorent, ainsi que moult contributeurs bénévoles d'entreprises où il est aussi utilisé, et avance ainsi dans ce monde en croissance numérique. Mais un vers est dans le fruit: la vénalité ! Un jour l’ordre est rappelé, la fin de la récréation sifflée, le couperet tombe: l'utilisation d’UNIX devient payante; après une certaine date toutefois, en doléance sans doute aux travaux des barbus, à moins qu’ils n’y aient été contraint juridiquement parlant m’enfin passons. Coup de tonnerre dans le ciel numérique, et brusque retour sur terre ! UNIX n'a rien d’un commun, il est l’entière propriété d'une entreprise qui peut décider seule de ce qu'elle en fait quand elle veut comme elle veut. Le coup est rude chez les barbus et autres contributeurs indignés qui réalisent qu'ils ont bossé pour des privés pour des nèfles ! Ils maugréent, mais certains pas longtemps. Afin de ne pas perdre tout le travail effectué et pouvoir le poursuivre, Richard Stalleman, porteur du projet GNU qui fork déjà pour partie UNIX, décide de finir de le ré-écrire afin de le libérer complètement de son emprise propriétaire avant la date fatidique. Lui et son équipe s'attellent à la tâche dans le même esprit qui fait leur philosophie sous UNIX: système libre et gratuit dont le code-source est accessible et modifiable par tous. L’histoire de Richard Stalleman plus détaillée sous ce lien https://korben.info/richard-stallman-revolution-logiciel-libre.html La niche utilisateurs Pendant ce temps, dans son coin de l'Internet, Bill Gates, autre fameux geek barbu moins barbu (pareil: à l’intérieur), s'affaire d̶a̶n̶s̶ ̶u̶n̶ ̶g̶a̶r̶a̶g̶e̶, toujours en réaction à la reprivatisation d'UNIX, à l'écriture de son propre langage: le DOS, et de son propre noyau: NT. Il en présente une première version, la 1.0, en 1985, la version 2.0 en 1987, ainsi que la version 3 "Windows 3.0" presque un an jour pour jour l’année d’avant. Désormais, l’œil aux aguets, il s’empresse, et priorise son interface graphique destinée à simplifier l'utilisation des machines et surtout plaire, et fonce; et tant pis si sous le capot la mécanique peine à suivre. Afin d’être bien sûr de péter son coup d’éclat, il présente en août 1995 sa dernière version, "Windows 95" encore en version Alpha mais qui génère du "Wouaoouuh !", et fait immédiatement le forcing pour faire installer partout son inachevé et instable système d'exploitation sur les machines livrées aux entreprises, collectivités, particuliers, qui se dotent de l'outil informatique; et tandis que les utilisateurs finaux expérimentent les indubitables bugs logiciels, écran bleus de la mort, premiers virus, et autres pertes de travail et de temps dans la joie et la bonne humeur ! Il instaure ainsi une quasi situation de monopole, pas même vraiment concurrencé par Steve Job venu lui aussi placer ses machines Macintosh qui, elles, tournent sous le maintenant privé mais stable (et plus cher) système d'exploitation UNIX. Et c’est ainsi que l’on retrouve Windows® sur l'immense majorité des machines utilisateurs, imposant ainsi ses bases graphiques à tout ce que nous sommes aujourd’hui habitués à trouver sur n’importe quel PC. Il ouvre également ses portes à la communauté des jeux, elle aussi en pleine croissance, pour laquelle il tombe à pic, et en rafle ainsi une bonne partie. Mais les utilisateurs ce n'est pas Internet ! Qu'y feraient-ils d'ailleurs juste comme ça entre-eux ? Du peer-to-peer ? 😀 Non. Internet c'est aussi et surtout de braves machines, des serveurs, qui recèlent et délivrent des fichiers et des services 24/7 à la moindre sollicitation 🙂 En matière de serveurs on ne trouve pas Windows. Il n'a jamais vraiment cherché à s'y placer. Face aux besoins des entreprises et collectivités qu'il avait équipé, il a un peu été obligé d’adapter un truc, et créer une version serveur de son système d'exploitation. Mais ces serveurs-là sont à usage des réseaux internes, jamais exposés sur Internet: trop vulnérables ! Windows essaye toutefois, parfois, de se faire une place sur le marché des smartphones. Mais il ne peut y utiliser son noyau, ce qui l’oblige à utiliser une partie d'Android au moins. On peut donc considérer qu’il n’y est pas présent non plus. Chienne de vie hein mon bill ? 🙂 Bref, et malgré l'apparence d'un point de vue utilisateur, force est de constater que Windows est loin d’être partout. Alors c’est qui ? À votre avis ? 🙂 En fait il n’y a pas que lui: d’autres systèmes, généralement propriétaires, font fonctionner des machines: UNIX déjà nommé, mais Nowell, IBM, Solaris, d’autres encore, le font, mais globalement c’est lui, le système communautaire libre et gratuit GNU/Linux, qui est le plus répandu à la surface de la planète: la grande majorité des serveurs mais aussi, la plupart des systèmes embarqués, dans l’automobile, les objets dits "intelligents" (frigos, aspirateurs, vibromasseurs...), l’exploration spatiale et les satellites, les machineries industrielles, les monstres de calcul purs, et même et surtout la téléphonie. Ainsi, celles et ceux qui hier ne voulaient pas entendre parler de Linux sur leur PC l’utilisent aujourd’hui à tours de bras 🙂 Eux qui coupent leur PC dès qu’ils ne l’utilisent plus, tout en râlant dès qu’une page ou un service en ligne n’est momentanément pas disponible, laissent paradoxalement tourner leurs appareils de poche connectés h24 sans même que cela ne les interpelle 🙂 Les Barbus ont tout même regardé les postes clients Les barbus n’étant pas toujours forcement d’accord entre eux, non pas une, mais de nombreuses distributions Linux ont vu le jour. Chacun la sienne en quelques sortes. Mais un peu chacun dans leurs coins, tout en gardant un œil sur les travaux des copains – les barbus ne sont jamais vraiment d’accord entre eux 🙂 – ils ont développés des interfaces fenêtrées, appelées aussi "bureaux", et Linux est devenu accessible au public. Disons que c'est surtout cela que l’on entend aujourd’hui lorsque l'on parle de Linux. J’aurais presque envie de dire, histoire de parler un peu un langage utilisé, et pour la faire courte, qu’il s’agit de PC normaux. (Plusieurs bureaux Linux) Vous avez un curseur commandé par la souris, des menus, des icônes, une barre des tâches; parfois en haut parce que les geeks – allez savoir pourquoi ! – aiment à mettre la barre des tâches en haut de l’écran – mais même sous Windows vous pouvez mettre votre barre des tâches en haut de l’écran – vous pouvez allez sur Internet et même – luxe suprême – chez Meta ! vous pouvez lire et envoyer des e-mails, naviguer dans vos documents, les éditer, voir des vidéos, écouter de la musique, jouer, retoucher des images, télécharger, archiver, interroger des IA, lire des actualités et consulter la météo, faire de la 3D, du transcodage, du montage… bref: tout pareil ! PC normaux 🙂 Ah non un truc ou deux quand même: c’est plus léger et rapide, plus réactif, ça consomme moins de ressources. Tous les programmes que vous pourriez souhaiter – et certains sont de grande qualité ! – sont gratuits, propres, dans un "store"; mais vous pouvez aussi aller en chercher sur Internet si vous voulez. Les virus sont gérés en amont et par mises à jour avant qu’ils ne puissent agir sur votre machine; parlant mises à jour c’est vous qui décidez quand vous voulez les faire au lieu de ramer systématiquement comme un malade dès le démarrage sans pouvoir travailler. Et - mais cela ne voyez-vous pas - ça n'exporte pas vos données de toutes sortes, vos travaux, vos fichiers, vos comportements, ni le reste de votre vie; le fonctionnement général est bien plus confidentiel et sécurisé et, au travers de votre connexion et de vos ressources machines économisées, votre fluidité d’utilisation vous remercie. On vous a dit que tout le monde pouvait utiliser Linux au quotidien et en cela on ne vous a pas menti 🙂 C’est sous le capot que ça se complique Et là où, par contre, on vous a menti, c’est que sous le capot vous allez y aller 🙂 Alors on sait: on vous a pourtant juré qu’au grand jamais vous ne seriez obligié-e-s, que vous pouviez très bien utiliser Linux comme ça, mais franchement c’est du pur bobard 😀 Évidement que vous pouvez parfaitement rester dans l’interface à faire clic-clic, mais un jour vous aller voir un outil génial et vous allez le vouloir ! Ou alors vous allez apercevoir un paramétrage avancé, une possibilité un peu cachée, une bidouille géniale. Mais si vous n'ouvrez pas la console pour envoyer des commandes et/ou modifier des fichiers, vous devrez renoncer et resterez condamné à l’ennuyeux clic-clic dans l’interface. Déjà, Linux, il faut faire l’installation soi-même Et pour cela encore faut-il savoir ce qu’est un bios machine; parvenir à l’attraper au lancement dans le court laps de temps avant que lui-même n’attrape les instructions de démarrage logiciel sur le disque dur qui porte Windows; ensuite il faut s’aventurer dans les menus sans souris, repérer l’endroit où l’on peut changer le paramètre de boot pour, par exemple, booter sur autre chose comme sur une clef USB. Il faut ensuite télécharger le Linux de votre choix entre toutes les versions qui existent, créer avec une clef USB bootable, et enfin booter la machine sur cette clef. Celle-ci comportant un système d’exploitation autonome et complet, on peut ensuite essayer Linux sans rien changer à la machine, voir que tout les périphériques sont bien reconnu, que tout est fluide et rapide, aller faire un tour sur Internet, essayer quelques outils, tomber amoureux-se, et envisager de l’installer. Et là vous aller devoir partitionner Et, à moins de pouvoir rajouter un disque dur dédié à Linux sur votre machine, vous allez devoir réduire la partition de Windows pour mettre Linux. Parce que - et c'est bien normal - vous allez vouloir garder Windows; on vous a dit qu’il était possible d’avoir les deux avec le choix au démarrage, il serait ballot de s’en priver Alors basiquement déjà, il vous faut savoir qu’il vous faudra lui demander quelle place il est est disposer à vous laisser. Et la respecter. Si vous décidez de n’en faire qu’à votre tête sur le puissant outil que Linux met à votre disposition, alors votre Windows est en danger. Ensuite votre disque dur est sans doute plein comme un œuf. Comme il en faut tout de même un bout suffisant pour Linux, que vous n’avez sans doute aucune sauvegarde et la flemme de vous donner les moyens d'en faire, et que je n’ai pas envie d’être responsable d’un carnage, je préfère attendre que vous perdiez tout tous seuls au prochain crash de votre disque dur 😉 Sans compter que, même si vous parveniez, et qu’un jour plus tard vous décidiez de tripatouiller vos partitions pour je ne sais quelle raison légitime, vous allez – oops ! – malencontreusement casser Windows sans avertissement (enfin si mais vous en aurez fait fi). Et là ce sera le drame: vous deviendrez linuxien ! Un pur, un vrai, un dur: un barbu ! Coté reconnaissances aussi ce n’est pas vraiment ça Windows est le système d’exploitation répandu, et tout les fabricants de périphériques travaillent avec lui. Il paye pour avoir accès à leurs pilotes afin de pouvoir les faire communiquer avec son système sur votre machine. Mais Linux, lui, ne paye pas. D’innombrables bénévoles s’acharnent à essayer de comprendre et faire communiquer. Votre machine pas "top-level" sera donc globalement reconnue, vos périphériques courants aussi, mais ça pourrait bien coincer avec par exemple votre imprimante 3D, ou tout autre machine spécifique. Et puis vous allez vouloir faire des trucs Si malgré tout vous décidez de tenter l'aventure je vous spoil: vous allez craquer ! Par exemple: chez Windows, après avoir cherché longtemps (trop) sur des tas de sites bourrés de véroles, pubs, putaclics, boutons "Télécharger maintenant", au risque de chopper trouze-mille-cent cochonneries (mais ça vous ne l’avouerez jamais !) vous allez soudainement faire l'installe en 2-3 clics - suivant-suivant-suivant - et vous ne comprendrez pas que sous Linux ce n’est pas pareil. En plus, comme vous n’avez rien payé, bah pas de hotline. Vous aller devoir lire des tutos, chercher de l’aide. Et vous ne pourrez même pas râler sous peine de plier la jeunesse de la toile en quat' de rire. Vous aller peiner – et ce n’est rien de le dire – à trouver un pas grincheux sur un forum qui acceptera d’accourir à votre juste cri de "Je clique lààà ça marche paaaaas !!" sans autre information utile de débogage. On va vous dire "Tape telle ou telle commande et poste le retour". En plus vous êtes non-violent, vous n’aurez pas envie de taper qui que ce soit, pas même des caractères dans une console, alors quand à rapporter, même des machins en retour… honnêtement vous allez vous faire du mal ! Vous pourriez ensuite aussi, pas forcement dans l'ordre et j'en omet: • arrêter de pester, • vous dépanner, • comprendre un truc, • tenter de bidouiller 1 ou 2 z'ot trucs aperçu au détour et qui ont l'air de faire des choses sympas, • obtenir des résultats, • jubiler, • faire d'autres découvertes, (Le cube de bureaux du gestionnaire de fenêtres "Compiz") • en apprendre encore, • comploter et projeter un truc inutile et donc indispensable, • éplucher des man, • butter sur des machins en conjurant, • faire autrement, • dire plein de fois "Bon ! Ok ! Alors mainnant, du coup, bah j'peux faire ça", • déboucher partiellement, • sauter au plafond avec un cri de joie à faire naître des envies de meurtre chez les voisins, • mettre ça partout sur Internet, • chercher quelle connerie vous pourriez bien faire encore, • potasser des wikis, des forums, des blogs, • éclater de rire plusieurs fois au beau milieu d'un article, • philosopher sans but juste pour vous faire croire que vous réfléchissez, • prendre les yeux plus gros que le ventre, • vous motiver à l'aide d'un "on verra bien" pour y aller franco, • casser des trucs au cri de: "Wouooputin caisse kiss pass ?", • tout arrêter et estimer les dégâts, • r̶e̶f̶a̶i̶r̶e̶ ̶u̶n̶e̶ ̶i̶n̶s̶t̶a̶l̶l̶e̶ bricoler en urgence et en mode dégradé pour tenter de sauver le système, • rebooter, • constater que Grub est cassé, • faire "pfoouuhh !!", • le réinstaller par chroot • rebooter, • mettre les mains dans la console de récupération pour essayer de réparer le système de fichiers, • rebooter encore et pousser un grand "OOUUUFFF !!!" entre les gouttes de sueur qui perlent à votre front, • finir de réparer ce qui doit l'être et, s'il reste un ou deux trucs cassés les laisser comme ça parce que vous vous ne les utilisez pas et que de toute façons vous allez faire autrement (la flemme, quoi !) • déclarer solennellement "Ok mainnant j'touche plus rien !" • relire la doc et faire "'tiiinn mais quel con !" • essayer quand même encore un'ot truc juste pour voir, • et cœtéra, et cœtéra. Et dans ce cas vous aller retrouver du plaisir, celui de faire de simples recherches, de découvrir des outils incroyablement puissants sous votre seul contrôle, des façons, vous allez comprendre, Vous allez vous apercevoir que vous êtes libre, libre de faire comme bon vous semble, décloisonné des softs qui veulent penser vos cheminements pour vous, Vous allez reprendre le contrôle, et ça franchement c’est juste intolérable ! À la fin vous allez carrément vouloir en faire votre métier Vous allez être accro au terminal et à la forge de commandes toutes plus distordues les unes que les autres, vous allez vouloir gérer des parcs entiers de machines; mais les entreprises qui versent les payes n’aiment pas les geeks barbus bricoleurs ! Elles préfèrent les Excel, les Powerpoint, les réu greenwash de bullshit. Vous finirez donc vilain méchant pas beau pirate à sweat noir à capuche sous une pluie ASCII verte sur le DarkNet avec les pédophiles et les hackers chinois ou russes et ce sera bien fait pour vous ! Franchement oubliez ! Abandonnez cette idée ! Malgré toutes les douces mélopées qu’il nous plaît à entendre comme quoi que c’est facile Linux toussa, c’est un piège ! Touchez pas à ça: Linux c’est un truc de pros et c’est tout !